mardi 18 novembre 2014

Principe de causalité et généalogie


Il y a bien longtemps, lorsque j’étais étudiant, je me suis découvert deux passions, presque en même temps : celle de la physique quantique et celle de la généalogie. Evidemment, il est compliqué de lier les deux car les domaines d’application de ces deux activités sont nettement distincts.

C’est pourquoi, les années passant, j’ai développé mes compétences en généalogie et ai pu avancer assez significativement sur l’histoire de ma famille et sur celle de mon épouse. Parallèlement, j’ai tenté de mieux appréhender les principes de la physique quantique, ce qui n’est pas une sinécure, même si aujourd’hui j’ai quelques connaissances en ce domaine.

Alors, quel est le lien avec le titre de ce billet ?

Max Planck 1858-1947 - un des pères de la physique quantique


Il y a quelques semaines, je regardais une conférence donnée par l’excellent Etienne Klein, qui abordait un de ses sujets favoris, le temps. Pour faire simple, il expliquait qu’il y a deux façons de concevoir le temps : soit de manière cyclique, soit de manière linéaire. Or les principes fondamentaux de la physique démontrent que le temps ne peut qu’être linéaire, ce qu’on peut traduire par le fait qu’il existe un principe de causalité : toute chose a pour origine une cause qui l’a précédée.

Appliqué à la généalogie, cela signifie que si nous sommes là c’est parce que nous avons des parents et ainsi de suite, à chaque génération. Bien sûr, les choses se compliquent dans le cas des mariages entre cousins puisque nous pouvons avoir des ancêtres en double. De même, dans le cas où les êtres humains sont créés à partir de cellules fécondées in vitro, ces cellules ne provenant pas nécessairement des parents dits d’adoption, la notion même de filiation perd son sens traditionnel.

Pourtant, même dans le cas d’une adoption, d’une fécondation in vitro, chaque être humain a une origine, un événement qui est la cause de son existence. Le principe de causalité s’applique donc bien, précisément parce que le temps est linéaire. Dit autrement, nous ne pouvons pas être les parents de nos parents …

La physique quantique va encore plus loin, faisant monter le principe de causalité d’un cran dans l’abstrait. L’exemple est donné par une tasse de café qu’on casse un jour. On peut effacer toutes les traces de ces dégâts, nettoyer le café qui est tombé, ramasser les éclats de porcelaine, les recoller parfaitement pour faire en sorte que personne ne puisse savoir que la tasse a été cassé, voire même mentir en disant que la tasse ne s’est jamais cassée. Pourtant, ce que dit la physique quantique c’est que, quoiqu’il arrive dans le futur, quoiqu’on observe dans le futur, l’événement qui est survenu a existé. En d’autres termes, une fois qu’un événement a existé, il est impossible de revenir en arrière et de faire en sorte qu’il n’existe pas.

Je sens bien que la majorité des lecteurs de ce billet a jeté l’éponge car elle se demande où je veux en venir …

Pourtant le lien avec la recherche généalogique est évident : ce principe montre que même si toutes les traces ont disparu, même si des témoignages altèrent la réalité, même si la mémoire des faits peut nous tromper, l’existence de nos ancêtres est un fait qui ne peut être remis en cause.

Mieux encore, nous pouvons affirmer que nous avons des ancêtres qui ont existé et qui ont donné naissance à une descendance dont nous sommes issus.

Alors, pourquoi faire un détour par la physique quantique pour en arriver à cette conclusion somme toute triviale ? Tout simplement pour rendre espoir à celles et ceux qui, à un moment de leur recherche, sont face à un mur. Ainsi, si je n’arrive pas à trouver la trace d’un de mes ancêtres car il semble être apparu spontanément à une époque, ce que me démontre ce principe de causalité c’est qu’il est certain qu’il a existé un jour et que tous les événements qui ont marqué sa vie ont existé.

Cette façon de penser peut redonner espoir à ceux, dont je fais partie, qui ont dans leur généalogie, un ancêtre né d’un père inconnu. Ce n’est pas parce que ce père est inconnu qu’il n’existe pas. Il suffirait, dans l’absolu, de recenser tous les hommes en âge de procréer, vivant dans l’environnement de la jeune fille séduite pour y retrouver le père recherché. Puis, grâce à certains indices, on pourrait ne garder dans la liste que quelques candidats possibles. On pourrait même, par des recherches génétiques sur leurs descendants, identifier ce père.
Il est stupide de faire des recherches aussi poussées pour compléter une branche de son arbre, mais ce que nous montre ce qui a été dit plus haut, c’est que ce père existe, même si nous ne l’avons pas (encore) identifié …

Par rapport à d’autres domaines de la recherche, c’est une chance considérable de savoir que cet ancêtre a existé (les chercheurs savent bien que parfois ils cherchent des années des choses qui, au final, n’existent pas …).

Partant de ce principe, il faut alors s’armer de courage et reprendre un à un tous les indices en se disant, une fois encore, que si ceux-ci existent, ce n’est pas par hasard et qu’ils sont la conséquence d’événements antérieurs qui ont conduit à leur existence. Il faut donc continuer à chercher et ne jamais abandonner !


Le principe de causalité appliqué à la généalogie permet d’affirmer que les ancêtres dont nous ne trouvons pas la trace ont pourtant bel et bien existé. Tout le travail du généalogiste est donc de rechercher patiemment les faits qui permettent de retrouver leur trace. Cette démarche historique, au sens d’Hérodote (« historiè » signifie « enquête » en grec) est sans doute la plus passionnante des aventures !


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