jeudi 27 septembre 2012

Les enfants nés de père et de mère inconnus


Le problème des enfants nés de père et de mère inconnus est, pour le généalogiste, que la lignée s'arrête brusquement.

Sauf cas assez rare selon moi, on ne peut d'ailleurs jamais identifier de manière certaine les parents biologiques de cet enfant.

Mais au-delà de cette contrariété très égoïste finalement, il faut penser à ces enfants qui n'ont jamais connu leurs parents et qui, surtout dans les temps reculés, étaient considérés différemment des autres. Tout en sachant que "différemment" sous l'Ancien Régime avait un sens beaucoup plus rude qu'à notre époque.

Alors, quand on sait les problèmes psychologiques vécus par les enfants nés sous X récemment, on peut imaginer sans peine les souffrances de nos ancêtres nés de parents inconnus.


1) Un cas réel, Charles François Decongé

Comme d'habitude, j'aime bien me rattacher à mes racines pour tenter d'extrapoler.

Charles François Decongé est un de mes ancêtres né le 14 Avril 1809, à Alençon dans l'Orne, en plein Premier Empire . Sans  doute la période un peu compliquée de l'époque est-elle à l'origine de sa naissance sans parents déclarés comme l'indique son acte de naissance :

Le vendredi quatorze avril mil huit cent neuf, acte de naissance de De Congé Charles François, né de ce jour à huit heures du matin, fils de père et mère inconnus, le sexe de l’enfant a été reconnu être masculin.
Premier témoin Charles Chaplain, meunier, âgé de quarante six ans, demeurant au moulin le Carbonet
Deuxième témoin, Léonard Richeux, lamier, âgé de quatre vingt huit ans, demeurant en cette ville
Sur la réquisition à nous faite par la Dame Louise Daval, veuve Dubout, sage-femme, demeurant en cette ville rue de la Mairie, qui a signé avec les deux témoins après lecture.
Constaté suivant la loi par nous officier public de l’état-civil soussigné.

RICHEUX     DAVAL, Ve DUBOUT    CHARLES CHAPLAIN
Deux choses m'ont sauté aux yeux quand j'ai découvert cet acte :
  • qui lui a donné ces patronymes ? Charles François en prénom et surtout Decongé en nom de famille ? c'eût été "Defourné" (comme pour l'ancêtre d'un membre de ma famille, je l'aurais compris, car l'enfant avait été trouvé abandonné devant le four à pain, d'où le nom "de four né") ou "Trouvé", mais là, mystère ?
  • une femme savait, la fameuse Dame Louise Daval, car elle a accouché la mère du petit Charles François, mais elle a gardé le secret. Peut-être est-ce la mère qui a souhaité que l'enfant se prénommât Charles François ?
Cet acte m'a donc posé beaucoup de questions ...


2) Pourquoi certaines mères ne voulaient pas reconnaître leur enfant ?

Je ne veux pas simplifier les histoires de ces femmes, mais j'ai le sentiment qu'il y a quatre principales raisons à ces abandons :
  • soit la mère était trop pauvre pour pouvoir subvenir aux besoins de l'enfant et n'avait ni la volonté, ni la capacité à le faire "passer" comme on disait, lors de la naissance ...
  • soit la mère était issue d'une famille d'un rang élevé et une grossesse malencontreuse pouvant contrarier la volonté de sa famille, elle n'avait pas d'autre choix que d'abandonner l'enfant
  • soit la mère était déjà mariée et l'enfant était le fruit d'une relation adultère, même si je ne crois pas trop à cette hypothèse dans la mesure où peu de monde (pour ne pas dire personne) ne pouvait déterminer avec assurance la paternité des enfants d'un couple
  • une autre hypothèse est le poids de l'interdit religieux sur l'avortement : les trois cas précédents auraient à notre époque pu être gérés par un avortement mais pas jadis ...

Dans le cas de mon histoire, je suis évidemment incapable de dire quel type de mère était celle de Charles François Decongé ...


3) Mais comment choisissait-on les patronymes des enfants trouvés ou non reconnus par leurs parents ?

Tout d'abord, les quelques cas auxquels j'ai été confrontés m'ont montré que généralement, les noms de famille donnés aux enfants trouvés correspondaient au lieu où il avaient été trouvés ou à un événement particulier.

Dans le cas présent, on peut toutefois émettre une hypothèse.

Il se trouve que sur la route allant d'Alençon au Mans, au deux-tiers du chemin, légèrement  l'est, se trouve la village de Congé sur Orne.

Peut-être que le scénario suivant s'est passé :
Une jeune femme, tombe enceinte hors mariage mais garde son enfant. Cette femme est originaire de Congé sur Orne, mais elle ne peut évidemment pas rester là-bas car la honte s'abattrait sur elle et sa famille.
Elle décide donc de quitter sa commune pour aller à Alençon (le Mans est trop proche), pour y trouver du travail et accoucher dans une grande ville où on posera moins de questions. Après tout, elle peut très bien dire être la femme d'un soldat de la Grande Armée qui est parti se battre pour l'Empire !
Mais elle ne peut pas assumer l'éducation d'un enfant et préfère donc l'abandonner.

La sage-femme la considère donc comme une inconnue, puisqu'elle ne la connaît pas et le seul indice qu'elle a est qu'elle est originaire de Congé. Elle décidera donc de nommer l'enfant "de Congé". Peut-être la mère meurt-elle des suites de l'accouchement ? Je n'y crois pas trop car rien ne l'indique dans les actes de décès de la ville d'Alençon dans les jours qui suivent la naissance.
Et puis, on peut imaginer que si la mère était morte à la naissance de son enfant, la sage-femme l'aurait précisé ...


4) Alors, que faire ?

Pour mon scénario, il faudrait que je retrouve l'éventuelle déclaration de grossesse que cette femme aurait faite à Congé (obligatoire depuis Henri II) ? Il faudrait sans doute chercher du côté de la vie de Charles François Decongé, s'il a hérité d'un inconnu ou en tout cas d'une personne sans lien apparent avec lui ? Il peut en effet arriver des cas où les pères, hommes mariés, aident discrètement à l'éducation de leurs enfants illégitimes ...


Dans le cas de Charles François Decongé il a exercé comme maréchal-ferrant à Alençon jusqu'en 1831. A cette date, il quitte la ville pour venir dans la Sarthe, à Bourg le Roi où il épouse deux mois plus tard Anastasie Béassé le 5 décembre pour être précis ...


Encore une énigme à essayer de résoudre ...

Et vous, avez-vous des ancêtres dont les deux parents sont inconnus ?

Pour aller plus loin:



           

7 commentaires:

  1. bonjour
    j'ai une aieule enfant trouvée, deposée devant la porte de l'hopital de poitiers, son acte de naissance est tres détaillé sur les conditions dans lesquelles on l'a trouvée, le type de linge - plutot fin et de prix, ce qui a toujours suscité des questions dans la famille :) et autres, mais ni sage femme ni voisin pour la declarer.

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    1. Bonsoir,
      J'ai eu moi aussi un enfant trouvé parmi mes ancêtres, trouvé à Loudun et envoyé à Poitiers à l'hôpital général.
      Lui a été "enveloppé d'un mauvais linge", donc pas de famille riche en vue ...

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    2. Bonjour Karen,

      C'est toujours étonnant cette nécessité absolue qu'avaient les gens de l'époque de décrire la façon dont le nouveau-né était vêtu. On dit que l'habit de fait pas le moine, mais à l'époque, l'habit revêtait une grande importance car il était le signe distinctif de l'ordre auquel on appartenait.
      De nos jours on s'attacherait davantage à décrire l'enfant ...
      En tout cas merci pour ce témoignage !

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  2. Bonjour,

    Moi du coté de mon grand pere paternel, j ai 2 ascendants directs qui sont nés de pere inconnu. Ce genre de mysteres sont souvent difficiles a resoudre (mais pas impossible) car souvent les gens de l epoque ont tout fait pour cacher un max d infos.

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  3. Bonjour Brigitte,

    C'est curieux cette histoire de linge de bonne qualité car un de mes oncles par alliance est issu d'un enfant trouvé au XVIIIème siècle (le Defourné dont je parle dans mon article). Et là aussi il était précisé que l'enfant était emmailloté dans un linge de très bonne qualité ...

    Etait-ce pour signifier indirectement que tout illégitime qu'il fût, cet enfant était de haute naissance et devait donc être respecté comme tel ?

    Ou peut-être que l'enfant était réellement issu d'une famille aisée mais que le poids de la religion avait conduit à son abandon du fait de son illégitimité ?

    A défaut d'avoir des certitudes, cela peut nous permettre de rêver ;o)

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  4. Bonjour Grégory,

    Pour ce qui me concerne la frustration vient du fait que la sage-femme qui a donné naissance à mon ancêtre a vu sa mère, qu'elle lui a sûrement parlé, mais qu'elle n'a laissé aucune trace, sauf peut-être sa commune d'origine au travers du nom ? J'avoue qu'à part des données comme les déclarations de grossesse ou les legs discrets, je n'ai pas trop de pistes à explorer ...

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  5. Vous oubliez de parler des enfants abandonnés nés de relations incestueuses ou de viols (fréquents chez les filles domestique ou servantes) hélas.

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