vendredi 28 septembre 2012

Quand Noblesse et Bourgeoisie s'arrangeaient ...


Dans cet article, je voulais une fois de plus vous faire partager une histoire familiale et voir dans quelle mesure elle s'inscrit dans des pratiques plus générales.

Cette fois-ci, il est question de mariage et d'argent.


Certes, nous savons tous que sous l'Ancien Régime, les mariages d'amour étaient rares et les unions étaient plutôt guidés par l'intérêt .
C'est le cas ici, encore que rien ne suppose que nos époux ne se soient pas "appréciés" !

1) Dans la famille Tirouflet, je demande les parents

La famille Tirouflet est originaire de La Baconnière, paroisse du Maine, dans l'actuelle Mayenne, à une vingtaine de kilomètres au Nord-Ouest de Laval.

Le père, Simon Tirouflet est né le 8 novembre 1653 à La Baconnière et il a épousé sa femme, Perrine Guériteau, le 12 août 1692, toujours à la Baconnière.
On note que, lors de son mariage, Simon Tirouflet était marchand de profession et habitait à la Roderie, un lieu de la paroisse de La Baconnière.

De leur union, est né le 18 juillet 1694, Jean Tirouflet, qui est l'acteur principal de cette histoire.

2) Dans la famille de Chalus, je demande les parents

La famille de Chalus est assez particulière à deux titres :
  • premièrement, il semble qu'elle tienne ses origines de la ville de Chalus en Limousin, et que le Roi Philippe Auguste aurait donné des terres à ce valeureux ancêtre dans la province du Maine pour le récompenser de l'avoir servi dans sa guerre contre les Anglais ...
  • elle est finalement assez disséminée, mais il semble bien que le lieu de départ de la famille, pour la période qui nous intéresse soit la région de la La Baconnière, plus exactement de la Seigneurie de la Bénéhardière.
Ainsi, le père, Pierre de Chalus, est écuyer, et sieur de la Motte à La Baconnière où il a épousé sa femme Perrine Manceau le 19 juillet 1694.

On notera qu'un heureux hasard s'est glissé par là car le mariage de Chalus-Manceau a eu lieu le lendemain du jour où celui qui allait devenir leur gendre est né ...

De leur union, est née le 7 septembre 1703, Jeanne de Chalus, demoiselle, qui est l'actrice principale de cette histoire.

3) Rencontre d'intérêts

Les faits s'arrêtent ici, et l'imagination prend le relais.

La famille de Chalus, quoique Noble et titrée, au passé prestigieux, n'a probablement plus les moyens d'entretenir la maison noble de ses ancêtres. En plus, ils ont une fille et il faut bien trouver un parti qui serait intéressé par elle.

D'un autre côté, on a une famille bourgeoise à laquelle la fortune réussit puisque Simon Tirouflet fait de bonnes affaires. Mais en cette époque, il ne suffit pas d'acheter une terre, puisque Simon Tirouflet va finir par acheter celle de la Roderie, pour devenir le Sieur de la Roderie, pour être considéré complètement.

Pour schématiser, on a d'un côté une famille titrée sans argent et une famille argentée sans titre ...

On peut donc aisément imaginer que l'union de Jeanne de Chalus avec Jean Tirouflet convenait à beaucoup de monde ...

Certes, ce mariage n'apportait pas de titre nobiliaire à la famille Tirouflet, mais elle pouvait penser que sa descendance pourrait s'enorgueillir de nobles ascendances du côté maternel, ce qui suffirait sans doute à asseoir davantage son autorité.



Alors, légende,vérité ? Impossible de le savoir vraiment, mais il est clair qu'en cette époque, les titres et les honneurs avaient une vraie valeur et des intérêts croisés pouvaient donc naître. D'autant que comme expliqué dans mon article sur la Noblesse d'Ancien Régime, cette petite Noblesse (fût-elle prestigieuse par son histoire) avait sans doute moins de scrupule à faire épouser un de ses enfants par un roturiers, pourvu qu'il fût riche !


Et vous, avez-vous rencontré dans votre généalogie des mariages d'intérêts ?

Pour aller plus loin : 


           

6 commentaires:

  1. J'ai aussi de mon côté un Jean Bonnet, bourgeois, qui épouse une Marguerite de Bailhot. Je pense aussi que beaucoup de gens de la noblesse (qui devaient vivre "noblement" pour conserver leur état, et donc à grands frais) n'avaient plus d'argent ni de quoi doter leurs filles qu'on mariait alors des bourgeois pour s'en sortir.

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  2. Merci beaucoup pour ces récits familiaux qui sont toujours très intéressants à lire.
    Le temps m'en manque mais le blog est vraiment idéal pour partager nos découvertes et ressentis.
    Bon WE :-)

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  3. Tout à fait d'accord. Même si pour certaines familles nobles il s'agissait de mésalliance, il ne faut pas perdre de vue qu'il ne s'agissait après tout que du mariage d'une fille ... A l'époque les femmes étant moins considérées que les hommes (par exemple en ne transmettant pas leur titre), c'était un moindre mal ... Peut-être existe-t'il des statistiques qui comparent les mariages Noble homme avec Bourgeoise femme versus Bourgeois homme avec Noble femme ...

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  4. Merci Bruno pour ces encouragements.
    C'est vrai que cela prend du temps, mais c'est tellement agréable de replonger dans mes travaux que si je le pouvais j'y passerais mes journées (et mes nuits) ...

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  5. Bonjour Olivier,
    Je découvre votre blog avec beaucoup d'intérêt. Bravo pour ce travail et ce partage !
    J'ai moi aussi consacré un article à un mariage entre Pierre AUCONSUL, bourgeois de Ségur-le-Château, en Corrèze, et Françoise de GUITARD, sans doute issue d'une famille noble, illustre et ancienne de Charente. Je me demandais si c'était vous ou un autre Olivier qui aviez commenté sur cet article.

    Je voulais rappeler qu'il faut ajouter aux cas où un(e) noble mais pauvre héritier/ère épouse un riche bourgeois le cas des cadet(te)s de noblesse qui ont une part d'héritage souvent symbolique et pour lesquels les parents sont donc prêts à des concessions sur la noblesse de l'époux/se.

    La question de la "déchéance" sociale (le terme est impropre) au fil des générations m'intéresse beaucoup et j'espère pouvoir lui consacrer un billet un de ces jours. En particulier, je suis toujours curieux de comprendre la dynamique sociale qui, au fil des siècles, a pu me faire descendre, moi, parfait roturier petit-fils d'immigrés italiens, de Hugues Capet ou de Guillaume le Conquérant.

    Au plaisir de vous lire,

    Rémi

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    1. Bonjour Rémi,

      Je suis le même Olivier qui a commenté votre article très complet et très bien écrit !
      Effectivement, l'étude de la "déchéance sociale" est un phénomène fascinant. On parle d'ascenseur social, mais on oublie que parfois l'ascenseur peut descendre : une mauvais alliance, une guerre, de mauvaises affaires, un mauvais ordre de naissance et on repart à la case départ ! J'ai plusieurs cas dans mon ascendance où, par exemple, le fait de ne pas être l'aîné d'un aîné, d'un aîné, etc. m'a fait perdre titre et terres !
      La généalogie a cette vertu de nous rendre humble, mais pour autant, nous devons être fiers de nos ancêtres, quels qu'ils furent !

      A bientôt

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