dimanche 28 octobre 2012

Point d'histoire familiale - Pierre Louis François Vautier


Cette chronique familiale hebdomadaire va cette fois-ci nous amener dans la Sarthe, ou plus exactement à Assé-le-Boisne, un petit village de quelques centaines d'âmes qui a la particularité de se trouver au croisement de trois départements : la Sarthe, la Mayenne et l'Orne.

Cela conduit donc a retrouver des personnes qui quoique provenant de paroisses ou de communes voisines, viennent en fait d'autres départements et régions !

Le personne dont je vais parler aujourd'hui est le grand-père paternel d'un de mes arrières-grands-pères maternels, Pierre Louis François Vautier. J'ai indirectement parlé de lui dans un article précédent (voir l'article "Les Registres de Matricules - Une source à exploiter ...") puisque l'exemple utilisé pour l'illustré était celui de son fils qui portait les mêmes prénoms que lui.

Assé-le-Boisne

Son histoire est assez classique, mais comme toujours en généalogie, lorsque l'on chercher, on finit toujours par trouver quelque chose d'intéressant qui enrichit du même coup la simple énumération date de naissance, de mariage, de décès ...

Alors en route pour la Province du Maine en ce jour d'août 1817 où naquit Pierre François Louis Vautier ...

1) Pierre Louis François Vautier (1817-1894)

Pierre Louis François Vautier est né le 16 août 1817, en ce début de Restauration, du mariage de Pierre Vautier et de Constance Françoise Ribot.

C'est une famille d'artisans puisque le père exerce la profession de tisserand.

Il a deux frères qui naîtront après lui :
  • Louis en 1820
  • René François en 1822
Le 17 septembre 1858, il épouse également à Assé-le-Boisne, Mélanie Houssemaine native de Saint-Léonard-des-Bois, une commune limitrophe se situant au Nord-Ouest d'Assé-le-Boisne.

De cette union naîtront un seul fils en 1859, Pierre Louis François qui exercera la profession de clerc de notaire. Cela constitue une relativement belle ascension sociale.

Il décède à l'âge de 77 ans, le 28 octobre 1894. Par un hasard du calendrier, aujourd'hui est donc le 118ème anniversaire de sa mort !

2) PierreVautier et Constance Françoise Ribot

Pierre Vautier est né le18 février 1788, à la veille de la Révolution Française du mariage de Jean Charles Vautier, bordager et de Anne Jeanne Perdereau, fille de tisserand. Comme son grand-père maternel, il exercera la profession de tisserand.

Mais les archives militaires m'ont permis de retrouver plusieurs choses intéressantes à son sujet.

En effet, étant né en 1788, il a vingt ans en 1808. Or nous sommes en pleine conquête Napoléonienne et comme la quasi-totalité des jeunes de son âge, Pierre va rejoindre la Grande Armée .

C'est ainsi qu'il se retrouve Fusilier puis Voltigeur au 6ème Régiment d'Infanterie de Ligne. Ce Régiment a été créé en 1776 à partir de deux bataillons du Régiment de Navarre. Il a participé en 1792 à la célèbre bataille de Valmy et en 1807, juste avant que Pierre y arrive, à la bataille de Corfou sous les ordres de Berthier !

Voltigeur de la Grande Armée
Sa fiche militaire permet de connaître quelques unes de ses caractéristiques physiques :
  • Il était petit (au vu de nos critères actuels), puisqu'il mesurait 1m62 ! C'est sans doute sa taille qui lui a permis de devenir Voltigeur
  • Il avait un visage long, un front rond, les yeux bleus, le nez écrasé,la bouche grande, le menton court et les cheveux et les sourcils châtains ...

Il passe Voltigeur le 9 juillet 1812 et est transféré au 87ème Régiment le 16 Septembre 1814, ce qui lui permet d'éviter de se rendre en Allemagne avec le 6ème RI ... Par ailleurs, il a relativement de chance car le 87ème Régiment rentre de la guerre d'Espagne en 1813 ... C'est la chute de l'Empire qui le libérera, après 6 ans passés au service de la Grande Armée .

Comme il est décédé après 1857, il est a priori éligible à la Médaille de Sainte-Hélène, offerte par l'Empereur Napoléon III aux survivants des guerres Napoléoniennes, mais à ce jour, je n'en ai pas retrouvé la preuve.

Il décèdera le 8 juillet 1863 à l'âge de 75 ans après une vie bien remplie !

Son épouse, Constance Françoise Ribot, naît le 18 Germinal an IV (7 avril 1796) à Assé-le-Boisne du mariage de Louis Ribot avec Françoise Boudier. Son père est cultivateur. Elle décèdera le 28 mars 1827 âgé d'à peine 30 ans. De sa vie on ne sait pas grand chose, sauf qu'elle exerçait la profession de fileuse. Il n'est en effet pas courant que les actes signalent la profession des femmes !
Elle devait travailler avec son mari car le métier de fileuse était lié à celui de tisserand.

Mais elle exerçait ce métier au moment où elle s'est mariée, ce qui signifie qu'elle a sans doute rencontré son futur mari à cette occasion car il était déjà tisserand en 1816, année de on mariage avec Françoise Constance.

3) Jean Charles Vautier et Anne Jeanne Perdereau

Jean Charles Vautier naît le 29 janvier 1759 à Bérus, une paroisse située à mi-chemin entre Assé-le-Boisne et Alençon, du mariage de Jean Vautier et Louise Saint-Denis. Il exerce la profession de bordager toute sa vie et décède le 17 novembre 1828 à Assé-le-Boisne. Il sera donc né sous un roi et mourra sous un autre roi, mais en étant passé par 4 régimes politiques (en comptant le Directoire et le Consulat) ...
On notera que son père et son grand-père son meunier, métiers assez rémunérateurs. Jean Charles a donc grandi dans un milieu relativement aisé.

La difficulté repose sur sa profession. En effet bordager peut signifier deux choses :
  • soit cultivateur, exploitant un petit terrain permettant d'être autonome en production
  • soit la personne réalisant la bordure des vêtements

A priori, je pencherais pour la première définition, mais comme son fils et petit-fils seront tisserands, on ne peut exclure la seconde.
Tisserand - source Vieuxmetiers.org

Anne Jeanne Perdereau naît le 6 avril 1754 à Assé-le-Boisne du mariage de François Perdereau et d'Anne Gaillet. C'est donc elle qui amènera Jean Charles Vautier à Assé-le-Boisne le 24 juillet 1781 lorsqu'elle l'épousera. Elle décède à Assé-le-Boisne le 13 octobre 1804 à l'apogée de l'Empire, âgée de 50 ans.

A noter que son père est bordager puis tisserand à partir de 1750; cela renforce donc l'hypothèse qu'il faut entendre le métier de bordager comme celui qui réalise les bordures des vêtements ... Il est par ailleurs noté comme marchand en 1781, ce qui laisse à penser à une certaine aisance fiancière de la famille.

Toujours est-il qu'ils se marient le 24 juillet 1781 et auront 7 enfants de ce mariage :
  • Jean qui naît le 5 novembre 1781, mais qui décède 2 semaines plus tard le 21 novembre
  • Jean François qui naît le 7 novembre 1782
  • André Joseph qui naît le 9 septembre 1784 mais qui décède à 6 semaines le 19 octobre
  • Pierre qui naît le 18 février 1788
  • René qui naît le 31 janvier 1792
  • Cénery qui naît le 16 octobre 1793
  • Julien qui naît le 27 septembre 1795

Ces naissances appellent deux remarques :
  • Jean l'aîné est né 3 mois et demi après le mariage ... On peut donc imaginer qu'Anne Jeanne Perdereau avait "connu" au sens biblique du terme Jean Charles Vautier bien avant leur mariage, à moins que leur fils ne fût né très prématurément ...
  • leur sixième fils se prénomme Cénery, qui est un saint local. Je trouve personnellement assez culotté de leur part d'avoir ainsi prénommé leur fils alors que la France est entrée dans la Terreur depuis 4 mois ...

4) Louis Ribot et Françoise Boudier

Louis Ribot voit le jour le 28 mars 1765 à Saint-Céneri-le-Gerei dans l'Orne actuelle, du mariage de Pierre Ribot et Marie Julienne. Il naît dans un foyer modeste car son père est journalier. C'est sans doute pour cette raison que le travail l'a mené au sud à Assé-le-Boisne où il exercera le métier de cultivateur jusqu'à sa mort le 17 avril 1824 à 59 ans.

Françoise Boudier est née quant à elle le 6 mais 1754 à Crennes-sur-Fraubée, en Mayenne, du mariage de Jean Boudier et d'Anne Arnoult. Son père est maçon. Elle décède à Assé-le-Boisne le 12 février 1825, à l'âge de 70 ans.

On note qu'à son mariage le 17 février 1794, Louis Ribot à 29 ans tandis que Françoise Boudier en a 40 ! On a du mal à imaginer les motivations d'une telle union dans la mesure où, à cette époque, le but premier du mariage est la procréation. En plus, leur fille ne naîtra que 2 ans plus tard. On n'a donc pas un mariage de régularisation ...
On peut s'étonner que Françoise Boudier ne soit pas dite divorcée ou veuve lors de son mariage avec Louis Ribot. Par ailleurs, je n'ai pas à ce jour trouvé de mariage à Crennes-sur-Fraubée la concernant. Son mariage tardif reste donc une énigme pour le moment ...

De leur union naîtra une seule fille, Françoise Constance.

5) Jean Vautier, Louise Saint-Denis, François Perdereau, Anne Gaillet, Pierre Ribot, Marie Julienne, Jean Boudier et Anne Arnoult

Une caractéristique commune est partagée par les arrières-grands-parents de Pierre Louis François Vautier qui est qu'ils se sont tous déplacés dans leur vie, leur paroisse de décès étant différente de leur paroisse de naissance, alors que les générations qui les suivent sont plutôt casanières !
 
Il est toujours difficile de connaître les raisons d'une migration, même si dans le cas présent, elle n'excède pas 10-15 km. Le manque de travail ? Une opportunité professionnelle ?

A noter que Jean Vautier était meunier comme son père, ce qui laisse à penser à une famille aisée.

On note cependant un bon mélange de métiers ruraux (cultivateurs, laboureurs, meunier, journalier) et artisanaux (maçon, tisserand) et bourgeois (marchand). Comme quoi, la mixité sociale existait déjà à l'époque de nos ancêtres (dans une certaine mesure ...).

Je tiens ensuite à préciser l'aide que les différents sites peuvent apporter dans nos recherches. En effet, je bloquais sur Louise Saint-Denis sur laquelle je n'avais absolument rien, si ce n'était qu'elle était décédée après 1781, date du mariage de son fils.
En cherchant sur le site Geneanet.org des arbres contenant des Saint-Denis dans la Sarthe, j'ai trouvé la trace d'une famille originaire de Rouessé-Fontaine, paroisse située à mi-chemin entre Alençon et Beaumont-sur-Sarthe et dans laquelle personne de ma famille n'était cité. Là j'ai trouvé la naissance d'une Louise Saint-Denis en 1731. Le prénom et la date de naissance pouvant correspondre, j'ai appliqué le principe de base du mariage dans la paroisse de l'épouse et j'ai trouvé le 21 août 1754 le mariage recherché !
Toute cela pour dire que j'aurais sans doute pu le trouver un jour grâce à la méthode de l'escargot dont je parlerai un jour dans un article, mais cela m'aurait pris des mois de travail. Internet m'a permis de le trouver en moins d'une demi-heure ...


Et vous, avez-vous noté une certaine mixité sociale chez vos ancêtres ? Et des mariages de "régularisation" ou tardifs ?

Pour aller plus loin : 


           

4 commentaires:

  1. Bonjour Olivier, oui Internet est une vraie mine d or pour les genealogistes mais il faut savoir ou et comment chercher et il faut aussi penser a verifier les sources et l exactitude des informations trouvées comme vous l avez apparemment si bien fait ;-)

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    1. Bonjour,

      Je crois que mot clef est "vérifier ses sources", ayant une formation scientifique, c'est naturel chez moi, mais le risque est de s'emballer quand on trouve une information qui semble trop belle pour être vraie.

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  2. Belle recherche et beau parcours !
    Très intéressant, merci du partage !
    Anne

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    1. Bonjour,

      Merci pour ces encouragements ! La recherche généalogique est chronophage. Alors, quand on peut trouver des informations plus complètes qu'un "simple" état-civil, quelle récompense ! Et je pense qu'il faut alors les partager pour 1) donner une visibilité et quelque part redonner vie à nos ancêtres 2) aider d'autres chercheurs dans leurs enquêtes !

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