mardi 22 janvier 2013

Quand l'année ne dura que 100 jours


Lorsqu'on effectue des recherches généalogiques, on commence généralement par les années 1900. Ces années, pour les plus âgés d'entre nous, nous sont familières car c'est généralement dans ce siècle que nous sommes nés et que nous avons passé notre jeunesse.

Puis on passe 1900 pour arriver dans le XIXème siècle. C'est un des plus complets car non seulement on dispose de tous les documents dont on peut rêver, mais en plus, on est suffisamment loin dans le temps pour pouvoir consulter tous les documents, sans restriction.

Et puis, les régimes se succèdent et semblent accélérer jusqu'à arriver à cette chose que l'on a apprise à l'école sans l'avoir jamais réellement pratiquée : le calendrier républicain.
J'ai déjà parlé de ce calendrier et de cette période dans l'article "La Révolution Française : Barrière de corail généalogique". Aussi, ceux qui veulent en savoir un peu plus peuvent s'y rapporter.

Mon propos d'aujourd'hui est de toucher du doigt l'événement qui a marqué une génération d'hommes et de femmes, l'abolition de ce calendrier pour revenir au calendrier grégorien, abandonné 13 ans plus tôt.

Le 24 fructidor XIII, Napoléon Ier met fin au Calendrier Révolutionnaire

Même si je suis persuadé que ce calendrier révolutionnaire ou républicain n'est jamais complètement rentré dans les moeurs (j'en veux pour preuve nombre de documents privés qui, même en l'an XII ou XIII continuent de donner des dates grégoriennes), il reste quand même que sa suppression a eu une forte portée symbolique : il mettait officiellement fin à la Révolution Française.

Au gré de mes recherches, j'ai donc retrouvé ce moment clef.

Le 10 nivôse an XIV, Louis Nicolas Lefebure Dufayet, officier de l'état-civil de la commune de Beauvais enregistre un acte historique. Il est 11h du matin et il reçoit Jacques Maupetit, compagnon teinturier, âgé de 32 ans et Charles Jean Baptiste Villers, maître cordonnier, âgé de 30 ans.

Ceux-ci apportent une triste nouvelle : la petite Marie Catherine Victoire Maupetit, fille de Jacques Maupetit et âgée de 18 mois, est décédée la veille à 17h chez ses parents.

Mais cela sera en fait l'avant-dernier acte de l'année XIV, une année de 100 jours seulement.

En effet, c'est une autre mort qui attend Louis Nicolas Lefebure Dufayet. A la fin de la journée, alors qu'il est certain de ne plus être dérangé, il va à son bureau, prend une plume et écrit :

L'article quatre du décret impérial du vingt quatre fructidor an treize portant suppression du nouveau calendrier le présent registre a été arrêté par nous adjoint à la mairie soussigné faisant les fonctions d'officier de l'Etat-civil de la ville de Beauvais.
Fait à Beauvais le dix nivôse an quatorze, à huit heures du soir.

Il relit le texte une seconde fois et s'assure qu'il n'y a pas de faute. Il repose sa plume, éteint sa bougie et s'en va.

Il vient d'écrire, comme quelques milliers de ses collègues au même instant, l'acte de décès de la Révolution Française. Elle était certes morte quelques années auparavant, mais cet acte marque un point final à cette période intense qui a bouleversé la France mais aussi l'Europe entière.

Une nouvelle ère va commencer désormais. Plus stable pense-t-on alors.

Le lendemain, quelque chose a changé. Nous ne sommes pas le 11 nivôse an XIV, mais bien le 1er janvier 1806. Les choses ont repris leur cours, comme si la Révolution Française n'avait été finalement qu'une parenthèse.

C'est pourquoi, ce mercredi matin, Louis Nicolas Lefebure Dufayet arrive à son bureau de la mairie de Beauvais, allume un feu, s'installe à son bureau, prend une nouvelle plume et écrit :

Conformément à l'article quatre du décret impérial du vingt quatre fructidor an treize, le présent registre pour ce qui reste à remplir, servira à l'inscription de tous les actes de l'état-civil qui auront lieu en la ville de Beauvais à compter de ce jour premier janvier mil cent six, jusqu'au trente un décembre de la même année inclusivement.
Fait à Beauvais le premier janvier mil huit cent six à neuf heures du matin.

Après avoir noté le décès du calendrier révolutionnaire la veille, il note un acte de naissance, celui du nouveau calendrier.

La journée sera calme, à peine troublée par la visite d'Antoine Carré vers 13h. Cet homme, il le connaît bien car c'est un membre de la commission administrative des hospices civils de la commune de Beauvais. Il vient lui notifier le décès d'Eustache Pamier, 74 ans, qui s'est produit ce matin vers 5h.

Par un curieux hasard du calendrier (!) la commune de Beauvais n'aura pas eu de naissance ou de mort le 10 nivôse an XIV déclarées le 1er janvier 1806.

Et par un autre clin d'oeil de l'histoire, l'année XIV qui a vue la fin symbolique de la Révolution Française a duré 100 jours. 100 jours qui signeront également la fin de l'Empire 9 ans plus tard ...


Et vous, avez-vous retrouvé ces traces tangibles des événements historiques ?

Pour aller plus loin : 



           

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