mardi 19 février 2013

Qu'avez-vous fait de vos 20 ans ?


Cette question appelle une réponse sous-jacente qui nous rappelle l'insouciance. Et oui, à notre époque, en notre pays, avoir 20 ans il y a 10, 20 ou encore 30 ans signifiait pour la plupart être étudiant ou éventuellement travailler déjà, mais dans des conditions tout à fait correctes.

En effet, il y a 30 ans, nous étions en 1982. La peine de mort venait d'être abolie en France et un vent de liberté soufflait sur les ondes des radios libres. Bien sûr, la crise était là et le sida allait commencer à faire des ravages. Mais à l'époque, avoir 20 ans était une chose agréable.

Je me souviens d'avoir rencontré lors de mon séjour au Liban un jeune homme qui m'expliquait que quelques années en arrière, à 20 ans, il montait la garde de sa maison pendant que son père évacuait le reste de la famille car des Druzes étaient en train d'investir leur village dans la montage du Chouf. Je dois admettre que cela m'a fait réfléchir car moi, à 20 ans, je sirotais des bières à Toulouse entre deux cours dans mon école d'ingénieur. Toujours cette insouciance.


Et puis les années ont passé et mon arbre généalogique s'est étoffé et j'ai découvert quelques centaines d'ancêtres. Il y a peu je me suis reposé la question : que faisaient-ils, toutes et tous, à 20 ans ? Etaient-ils aussi insouciants que leur (indigne) descendant ?

Voici donc un petit voyage dans la jeunesse de mes ancêtres. Car oui, "ancêtre" résonne comme "ancien" et pourtant nos anciens, avant d'être vieux, ont été jeunes !

1) Elles ou ils ont eu 20 à des dates importantes 

Dans certains cas on découvre que nos ancêtres ont eu 20 ans à des dates clefs de l'histoire de France. Parfois ces dates étaient des événements importants mais sans conséquence vitale.

Ainsi, un de mes ancêtres Michel Jousse, qui a vécu à la fin du XVIème siècle dans la Mayenne a eu 20 ans quand Henri IV a été couronné. Cela n'a pas dû fondamentalement changer sa vie, mais cela a quand même dû le marquer suffisamment pour qu'il puisse en parler à ses enfants.

Parfois, les événements étaient plus dramatiques. Ainsi pour une de mes ancêtres, Marguerite Beaudequin, avoir 20 ans en 1610 a signifié vivre l'assassinat du roi Henri IV. Il faut dire que cela faisait deux rois consécutifs qui étaient assassinés et que le futur Louis XIII n'était qu'un enfant. De quoi se poser des questions sur son avenir. D'autant que ladite Marguerite Beaudequin vivait dans l'Oise, en des lieux proches du pouvoir des Valois d'où était issue la famille qui venait de régner (même si Henri IV était le premier des Bourbons, il reste le gendre de feu Henri II, de la branche des Valois).

D'autres de mes ancêtres ont eu 20 ans lors des avènements des rois Louis XIV, Louis XV et Louis XVI mais j'ai une pensée particulière pour René Gaudinière, issu de la bourgeoisie rurale du Maine (c'était un laboureur aisé) qui n'a pas forcément vu d'un bon oeil la Révolution Française. Il a en effet eu 20 ans en 1789 et il ne faut pas perdre de vue que la Province du Maine était frontalière avec la Vendée. A priori il n'a pas figuré dans les rangs des Blancs, mais au vu de sa situation sociale et de quelques indices, on imagine que son coeur penchait davantage du côté du Roi que des Bleus.

Ils sont plusieurs à avoir eu 20 ans en 1789, en diverses régions, mais le destin de Jean Dupuy dont j'ai déjà eu l'occasion de parler dans un article est assez "amusant" puisqu'il a eu 20 ans au début de la Révolution Française et qu'il est mort en 1814, à la fin de l'Empire : il aura donc vu la chute de la Monarchie, sans jamais revoir de Roi sur le trône de France ...

Quand on parle de l'Empire : Philibert Dumas, est menuisier en 1804, année de ses 20 ans et date de l'apogée de l'Empire ! Il n'est pas sous les drapeaux : et pour cause, il est déjà marié depuis 5 ans (oui, 5 ans) et a déjà 3 petites filles ! Malheureusement pour lui, il ne lui reste plus que 9 ans à vivre, mais ça il ne le sait pas encore. François Chaumette, un autre ancêtre de Dordogne est également déjà marié en 1804 depuis 4 ans et a déjà une fille. Mais que ces deux cas ne nous trompent pas : ils sont une exception, et les autres ancêtres masculins de mes enfants vivant à cette époque ont passé leur 20 ans dans une caserne ou sur les champs de bataille pour la gloire de l'Empereur.

Ainsi, Pierre Vautier, Voltigeur au 6ème Régiment d'Infanterie de Ligne passera de nombreuses années à se battre pour Napoléon Ier. Il avait 20 ans en 1808. Il devra attendre 1816 pour se marier et survivra jusqu'en 1863 ce qui en fait théoriquement un Médaillé de Sainte-Hélène. Mais à ce jour je n'en détiens pas la preuve.

Les années passent et d'autres ancêtres ont eu 20 ans lors des moments forts de notre histoire : en 1830, en 1848, en 1852 et en 1870.

Mais ce qui m'émeut le plus dans toutes ces coïncidences entre les 20 ans de mes ancêtres et les dates importantes de notre histoire, est sans doute la vie de mon arrière-grand-mère maternelle que j'ai très bien connue. En effet, elle a eu 20 ans le 29 août 1914. Depuis quelques jours la France venait d'entrer dans la Première Guerre Mondiale qui sera une véritable boucherie.
Son futur mari sera absent pendant 4 ans et quelques dates ponctuent sa vie à cette époque :
  • 1914, Marie Eugénie Mathilde Girault a 20 ans
  • 1916, elle épouse Pierre Ernest Vautier lors d'une permission de ce dernier 
  • 1917, ma grand-mère maternelle naît
  • 1918, mon grand-oncle maternel naît
  • 1919, mon second grand-oncle maternel naît, mais décèdera à la fin des années 20 des suites d'une blessure qui s'est infectée. C'était le seul fils que son père avait vu naître et grandir ...
Pour tous ces ancêtres, des événements majeurs de l'histoire de France ont marqué d'une manière indélébile leurs 20 ans. Mais pour la très grande majorité de mes ascendants ou de ceux de mon épouse, 20 ans signifiaient autre chose ...

2) Ils servaient le pays ou travaillaient, elles étaient mariées

En effet, lorsque je regarde la généalogie de mes enfants, je constate trois choses principales :
  • sous l'Ancien Régime, à 20 ans, les hommes travaillaient déjà : comme apprenti, comme compagnon, comme cultivateur ou encore comme artisan. En fait, ce sont ceux de mes ancêtres qui avaient le statut social le plus modeste : le travail était une nécessité et les métiers exercés étant majoritairement ceux des parents, l'apprentissage se faisait sur le tas et jeune
  • après l'Ancien Régime et jusqu'à la fin du XIXème sècle, à 20 ans, les hommes servaient sous les drapeaux, à part quelques exceptions comme celles relevées précédemment ou encore ce cas dont je parlerai dans un prochain article d'un jeune homme ne pouvant servir dans la Grande Armée car amputé de la phalange de l'index droit. Il y a aussi le cas de Pierre Joseph Sabot, mon arrière-grand-père paternel qui sert dans l'Armée de la IIIème République dans les colonies d'Asie et qui passera quelques mois en Cochinchine à 20 ans en 1884 ...
  • quant aux femmes, quelles que soient les époques, on constate qu'elles étaient souvent mariées à 20 ans et qu'elles avaient donc commencé leur vie de femme mariée, d'épouse et de mère (certaines, comme une de mes ancêtres, Alice Victorine Ménerat, qui a eu 20 ans en 1888, est mariée depuis 4 années déjà a deux garçons et est enceinte du troisième ... Son second garçon est cependant mort il y a deux ans et celui qui va naître dans quelques semaines ne vivra que 5 mois. On rêverait d'une vie plus insouciante à 20 ans !)
La liste de la situation matrimoniale de mes ancêtres femmes à 20 ans serait fastidieuse, mais il est vrai que jusqu'à il y a très peu, les femmes ne faisaient pas d'études et apprenaient dès leur enfance leur rôle de future mère-épouse. Il était donc "normal" qu'à 20 ans elles soient déjà mariées, voire mères. Cependant, au-delà de ce statut, le plus difficile à vivre était sans doute la perte d'un ou de plusieurs enfants. Sans compter les fausses-couches qui ne sont pas répertoriées dans les registres paroissiaux ou d'état-civil, sauf peut-être en filigrane lorsque le rythme bi-annuel ou annuel des naissances est perturbé ...

3) Un peu d'insouciance ?

Alors, dans cette histoire familiale, 20 ans peuvent-ils rimer avec insouciance ou suis-je le seul privilégié ? En fait, ce que je constate, c'est que pour la branche aristocratique de mes ancêtres, avoir 20 ans pouvait éventuellement signifier quelque chose de "cool" pour employer un anachronisme.

Mais il faut remettre les choses dans leur contexte : avoir 20 ans en 1450 ou en 1500 signifiait souvent ne plus avoir de parents et devoir donc assumer l'héritage au milieu des intrigues politiques de l'époque. Et puis on portait un nom qu'il fallait pouvoir/savoir porter haut avec honneur. Certes, on ne parle pas là de travaux pénibles ou de grossesses multiples, mais d'autre chose, plus subtil, mais tout aussi lourd à porter et à vivre.

Alors, un peu d'insouciance chez ces ancêtres de 20 ans ? Sans doute malgré tout. Les fêtes, les événements familiaux "positifs" (baptêmes, mariages, anniversaires), étaient sans doute autant d'occasions de rire et d'oublier le quotidien. Peut-être profitaient-ils davantage de ces moments que nous qui, finalement, n'avons pas de problèmes vitaux à gérer tous les jours !

Et vos ancêtres, comment ont-ils vécu leurs 20 ans ?

Pour aller plus loin :


           

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