samedi 24 novembre 2012

Recensement et film généalogique

Pack Généatique 2012 - le cadeau idéal à faire à ceux qui veulent se lancer dans la généalogie ! 
 


J'étais en train de travailler sur mon prochain article consacré à la généalogie du père de mon arrière-grand-mère maternelle lorsque j'ai vu que le site des archives départementales de la Mayenne avait en ligne un grand nombre d'informations.

Parmi elles, deux sources ont retenu mon attention :
  • les recensements de population
  • la table de tous les mariages du département au XIXème siècle
Sur le premier sujet, j'ai déjà eu l'occasion d'en parler dans un article précédent (voir "Comment utiliser le Recensement pour retrouver un ancêtre"). Les relevés de la population faits tous les 5 ans sont une vraie mine d'informations.

Sur le second sujet, c'est un coup sévère porté à "la méthode de l'escargot", mais tellement plus rapide ...

J'ai donc utilisé ces deux outils pour apporter un éclairage nouveau sur la famille d'un de mes ancêtres, Jean Girault, cultivateur en Mayenne au XIXème siècle.


1) Jean Girault (1800-1878)

Jean Girault est né le 22 nivôse an VIII (23 janvier 1800) à Placé, petite commune de la Mayenne située presque à mi-chemin entre Mayenne et Laval, du mariage de Pierre Girault, cultivateur avec Françoise Mellier. Pour l'anecdote, la naissance est déclarée à la Maison Commune de Placé par le père qui est accompagné de son frère et de sa soeur, c'est dire à quel point la famille est heureuse d'avoir un héritier mâle !

En grandissant, Jean Girault reprend l'exploitation de ses parents et s'installe à la Chenevetterie, village comptant 2 habitations, dépendant dudit Placé.

Le 5 août 1833, alors âgé de 33 ans, il épouse Jeanne Gaudinière, elle-même âgée de 26 ans, une jeune femme originaire de Montflours, commune située à une dizaine de kilomètres au sud de Placé et située de l'autre côté de la rive de l'Âme. Jeanne Gaudinière est la troisième enfant du couple René Gaudinière et Jeanne Launay, des laboureurs aisés.

Après son mariage, elle vient habiter à la Chevenetterie.

De cette union naitront quatre enfants :
  • Jean Baptiste en 1834
  • Aimée Virginie en 1836
  • Pierre Joseph René en 1838
  • Eugène François en 1845

Jeanne Gaudinière décède le 22 avril 1871 à Placé, à l'âge de 64 ans et son mari, Jean Girault mourra 7 ans plus tard le 8 octobre 1878, également à Placé.

Voilà en gros ce que me donnent les différents registres d'état-civil ...

Mais que se passe-t-il lorsque je me plonge dans les recensements de la population de Placé ?

2) L'apport des Recensements

Tout d'abord, j'ai de la chance car la population de la commune de Placé a été recensée régulièrement tout au long du XIXème siècle et je peux donc disposer d'instantanés en 1836, 1841, 1846, 1851, 1856, 1861, 1866, 1872, 1876. Il en existe d'autres, mais je n'ai retenu que ceux qui concernent la période qui m'intéresse, celle qui va de 1833, date du mariage de Jean Girault avec Jeanne Gaudinière et 1878, date du décès de Jean Girault.

Ce qui est intéressant c'est que disposant de 9 photographies réparties sur 40 ans, je peux presque en faire un film !

Voici ce que donne le résumé :


On voit plusieurs choses très intéressantes.

Tout d'abord la famille s'agrandit à mesure que les enfants naissent. La chance que notre couple a eue est de ne pas perdre d'enfant en bas âge, ce qui fait que l'on voit arriver les enfants et qu'on les voit grandir. Puis entre 1851 et 1856, Aimée Virginie disparaît : décès ou mariage ? A ce stade de l'étude, difficile de savoir. Ensuite c'est au tour de Jean Baptiste de disparaître entre 1861 et 1866 et, à peu près au même âge c'est Pierre Joseph René qui quitte le giron familial.

En 1872, il ne reste que les parents et le petit dernier, Eugène François. Finira-t-il vieux garçon ? Que non, puisque c'est le père de mon arrière-grand-mère !

On voit ensuite l'effet du décès de Jeanne Gaudinière, qui n'est plus présente dans le recensement de 1872.

Il reste alors plusieurs points à éclaircir :
  • les causes réelles de la disparition de la maison des 3 enfants du couple
  • la présence en 1866 d'une petite-fille du couple, Eugénie Hay
On voit ici tout l'intérêt de cette lecture dynamique des recensements. On voit clairement se dessiner les mouvements au sein de la famille. L'autre force cette méthode, c'est que cela permet de circonscrire les recherches dans le temps. Par exemple, pour les "disparitions" des enfants, on peut chercher les actes de mariage ou de décès sur une tranche de dates plus restreintes que si on utilisait simplement les registres d'état-civil.

3) Quid des enfants du couple ?

C'est ici qu'interviennent les recherches sur la base des mariages proposée par les AD de ma Mayenne. On aurait certes pu s'en passer, mais elle fait gagner un temps incroyable.

Après quelques minutes montre en main, je trouve :
  • Jean Baptiste, qui épouse Emilie Savary à Placé le 22 avril 1865
  • Aimée Virginie, qui épouse Philippe Hay à Contest le 8 juillet 1854
  • Pierre Joseph René, qui épouse Marie Duchesne à Placé le 3 juin 1871
Dans les 3 cas, les enfants se sont donc mariés et ont quitté le domicile familial, laissant leur benjamin avec ses parents. Etonnante famille où non seulement ce n'est pas le fils aîné qui reprend la propriété familiale, mais où encore, la fille se marie dans la commune de son futur mari ! Bien que Contest touche Placé ...

Cela permet également de jeter un éclairage nouveau sur la présence d'Eugénie Hay, petite-fille du couple Jean Girault - Jeanne Gaudinière sur le recensement de 1866. Il est très vraisemblable qu'elle soit la fille d'Aimée Virginie. Mais pourquoi vite-elle chez ses grands-parents en 1866 ? Sa mère est-elle décédée ?

Allons à Contest pour y voir plus clair.

Dans cette commune, je trouve la descendance de Philiipe Hay et d'Aimée Virginie Girault qui suit :
  • Virginie Marie, née en 1856 et décédée 3 jours après
  • Jean Philippe Marie, né en 1857
  • François Jean, né en 1859
  • Pierre Marie Joseph, né en 1861
  • Virginie Augustine Eugénie Marie Désirée, née en 1863
  • Marie Rosalie Joséphine, née en 1865
  • Amélie Marie Rosalie, née en 1867
On a bien identifié notre Eugénie Hay, qui est celle affublée de rien moins que 5 prénoms, et née en 1863.Mais ses deux parents sont bien vivants en 1866 et ont encore des enfants après.

En suivant ma logique du début, j'ai regardé le recensement fait à Contest en 1866 et j'ai trouvé toute la famille au grand complet ! Y compris Eugénie ...

Je ne vois qu'une seule explication : les recensements à Contest et à Placé ne se sont pas passés en même temps, et lorsqu'il a eu lieu à Placé, Eugénie était chez ses grands-parents. Pour quelle raison ? Impossible de le savoir ...
Mais cela montre qu'il y a eu un doublon et qu'il faut se méfier des sources, fussent-elles très officielles !

4) Retour au recensement

La famille est maintenant clairement identifiée et on sait qui a quitté la maison, pourquoi et quand.

Reste que les recensements ont ceci de génial est qu'ils recensent tout le monde, y compris les domestiques qui sont considérés comme vivant dans la maison.

Dans le cas de mon couple Jean Girault - Jeanne Gaudinière, j'ai donc trouvé ceci :



Tout d'abord, il y a ce Julien Froger, entré au service du couple dès leur mariage et qui ne les quittera jamais. Au point que dans son acte de décès, en date du 5 février 1889, on a la mention suivante :
L'an mille huit cent quatre vingt neuf, le cinq février, (...) sont comparus Girault Pierre, cultivateur,âgé de cinquante ans, demeurant aux Guilmarais, commune de Placé, maître du décédé (...) lesquels nous ont déclaré que le trois février à onze heures du soir, est décédé aux Guilmarais en cette commune, Froger Julien, célbataire, domestique, cultivateur, âgé de soixante neuf ans et six mois (...)
Outre la mention de "maître" qui peut prêter à sourire à notre époque, il apparaît donc qu'au décès de son "maître" précédent, Julien Froger ait été employé à par son fils. De plus, Julien Froger est dit célibataire, ce qui explique sans doute qu'il soit resté si longtemps au service de la famille Girault.

On note en revanche la valse des jeunes filles domestiques ! On peut tout imaginer :
  • un travail d'appoint avant de trouver un mari
  • un poste qu'elles ont dû quitter car elles ne faisaient pas bien leur travail
  • un travail qu'elles ont dû quitter à cause de relations devenant compliquées avec Julien Froger ou un autre membre de la famille

Aucun élément ne permet de trancher.

Cependant, les recensements nous ont permis de pénétrer plus avant dans la vie de cette famille. On peut même se faire une idée de leur niveau de vie car la simple mention de "cuiltivateur" est vague, tandis qu'ici on découvre qu'ils avaient 2 domestiques à temps complet.

On découvre aussi la force des relations humaines avec la fidélité de Julien Froger, sans doute devenu au fils des ans, presque un membre de la famille à part entière.


Pour conclure, je dirais que s'il fallait démontrer la richesse des informations que l'on peut tirer des recensements de populations, il suffirait de lire cet article ! Grâce à ces informations, j'ai désormais une image assez complète du mode de vie de ces ancêtres !

Et vous, que vous a apporté l'exploitation des recensements de population ?

Pour aller plus loin : 


           

1 commentaire:

  1. bonjour
    J'aime moi aussi fouiller dans les recensements, et quand on a la chance d'avoir une suite complète, on peut découvrir tellement de renseignements précieux. Cela m'a déjà plusieurs fois permis de debloquer des impasses ou d'approfondir certaines histoires familiales
    Bravo encore pour vos articles, tellement riches
    Brigitte

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